Etranges disparitions au cœur de Saint Pétersbourg

Publié le par Marlène

Depuis quelques semaines, plusieurs jeunes hommes se sont étrangement volatilisés dans les quartiers chauds de Saint Pétersbourg sans laisser de trace. Notre enquête…

 

Un de nos courageux reporters s’est fait dernièrement le témoin d’étranges disparitions dans les bas-fonds de Saint Pétersbourg. La manière de procéder semble identique pour tous. Seuls, par  groupe de deux ou de trois, les victimes disparaissent de nuit, dans des endroits sombres. On entend parfois des cris. Jamais longtemps. On a parfois trouvé une veste, parfois des traces de sang, … difficile à dire s’il s’agissait de celui des disparus ou alors si ce sang provenant d’une autre source.

 

Les victimes présentent presque toutes le même profil : des hommes jeunes, en très bonne santé, ayant généralement eu une enfance malheureuse et étant fréquemment pris à parti de manière injuste par les forces de l’ordre. Personne ne peut ignorer à quel point la police traite différemment les nantis, les riches et nobles oisifs, et le peuple laborieux qui trime pour que ces mêmes nantis puissent bénéficier d’avantages injustement acquis. Beaucoup de nos courageux concitoyens sont ainsi malmenés par une justice à la solde du pouvoir, surtout dans les quartiers défavorisés. Nul doute que cette vague de disparition est l’œuvre des forces de l’ordre.

 

La question qui nous taraude maintenant, et qui ne manquera pas d’intriguer nos lecteurs est de savoir pourquoi ces hommes sont enlevés. Un témoin préférant rester anonyme nous a appris que d’étranges et perverses soirées se déroulaient dans les salons feutrés de la noblesse… ces salons meublés de velours rouge acquis grâce à la sueur du peuple. Orgies, bains de sang, sacrifices à des déités diaboliques, voire même cannibalisme, voici ce qui se murmure parmi les domestiques effrayés. Les hommes enlevés auraient-ils une place de choix dans ces réjouissances contre-nature ? Ou alors seraient-ils envoyés en Sibérie dans des mines de charbon ou d’acier pour extraire du ventre de la Terre les matériaux indispensables au développement industriel de la Sainte Russie ? Quel est donc cet endroit si terrible que personne ne veut s’y rendre, que la seule manière pour les nobles de trouver des travailleurs soit de les y emmener de force? Nous savons tous que nos dirigeants paient le prix des richesses de la Terre avec le sang des Russes ! Auraient-ils franchi une étape de plus ?  

 

Et nous, chers camarades, que déciderons-nous de faire ? Allons nous rester les bras ballants alors que nos amis, nos frères disparaissent par la simple volonté des nobles qui nous gouvernent ? Ces mêmes nobles qui sont censés nous protéger et nous guider ? Pouvons-nous encore faire confiance à de tels maîtres? Levons-nous, camarades ! Protestons comme un seul homme, montrons-leur que nous sommes le véritable corps de la Russie, que sans nous, ils ne sont rien ! Et avant tout, prions pour nos camarades enlevés, qui souffrent mille maux, soit aux mains de nobles corrompus, pervers et impies, soit sous le labeur et le climat impitoyables de la Sibérie orientale.

 

Signé : Anton Iaroslavitch Toponov

16 février 1880

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